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Intelligence Marché · Belgique · Février 2026

Intelligence du Marché de l’Emploi Belge : Analyse Complète du Pouls, du Marché et du Sentiment

CareerPMI Belgique · Samedi, 22 Février 2026
Grand-Place de Bruxelles, coeur économique de la Belgique
Grand-Place, Bruxelles / Unsplash

Le marché de l’emploi belge en février 2026 présente un paradoxe remarquable : un taux de vacance parmi les plus élevés de l’Union européenne coexiste avec un chômage persistant, une norme salariale gelée à 0%, des restructurations massives dans l’industrie automobile et le commerce de détail, et une transformation accélérée par l’intelligence artificielle qui érode les postes de cols blancs juniors. Ce rapport décortìque chaque dimension du marché avec la précision d’un diagnostic clinique.

La Belgique reste un marché extraordinairement fragmenté : trois régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles-Capitale), trois communautés linguistiques, des réglementations d’immigration et des listes de pénurie distinctes, et un système de négociation salariale fédéral qui impose un plafond uniforme sur un paysage économique profondément hétérogène. Pour les employeurs comme pour les chercheurs d’emploi, naviguer dans cette complexité nécessite une intelligence de marché granulaire — pas des généralités.

1. Paradoxes Macroéconomiques et le Décalage de la Courbe de Beveridge

Indicateurs clés T1 2026 :
Taux d’emploi (20-64 ans) : 73,3% · Chômage OIT (15-64 ans) : 5,9%
Taux de vacance : 3,8-3,9% (2ème plus élevé de l’UE après les Pays-Bas à 4,1%)
Ratio de tension θ = v/u ≈ 0,64 · ManpowerGroup perspectives nettes : +14%

La courbe de Beveridge belge illustre un décalage structurel préoccupant. Le taux de vacance de 3,8-3,9% — le deuxième plus élevé de l’UE après les Pays-Bas (4,1%) — coexiste avec un taux de chômage OIT de 5,9% pour les 15-64 ans. Ce n’est pas simplement un problème de demande ou d’offre : c’est un problème d’appariement. Les qualifications, les langues, la géographie et les attentes salariales créent des frictions qui empêchent les postes vacants de se remplir malgré un bassin de chômeurs disponibles.

L’enquête ManpowerGroup pour le T1 2026 révèle un refroidissement net des perspectives de recrutement : les perspectives nettes d’emploi tombent à +14%, en forte baisse par rapport au +27% du T1 2025. La décomposition est révélatrice : 32% des employeurs prévoient d’embaucher, mais 17% anticipent des réductions d’effectifs et 41% maintiennent un gel des embauches. Le signal est clair : la demande de main-d’œuvre se contracte sélectivement, les entreprises devenant plus exigeantes sur les profils recrutés.

Le ratio de tension θ ≈ 0,64 signifie qu’il y a environ 64 postes vacants pour 100 chômeurs — un marché qui devrait fonctionner, mais qui est paralysé par des décalages de compétences et des barrières linguistiques.

Le taux d’emploi des 20-64 ans à 73,3% reste inférieur à l’objectif européen de 78% et significativement en dessous des performances néerlandaises (82,9%) ou allemandes (80,6%). La Flandre surperforme avec un taux autour de 77%, tandis que la Wallonie (65%) et Bruxelles (63%) restent structurellement en retard — un écart qui reflète les fractures linguistiques, éducatives et industrielles du pays.

2. La Norme Salariale 0% de 2025-2026

Calculs financiers et négociations salariales
Négociations salariales / Unsplash

La norme salariale fédérale de 2025-2026 impose un gel à 0% de la croissance salariale réelle. Ce plafond, fixé par le Conseil Central de l’Économie sur la base d’un benchmarking avec l’Allemagne, la France et les Pays-Bas, signifie concrètement qu’aucune augmentation salariale ne peut être négociée au-delà de l’indexation automatique. Les employeurs contrevenants s’exposent à des amendes de 250 à 5.000€ par employé concerné.

Cependant, l’indexation automatique — pierre angulaire du système belge — reste intacte. Pour la CP 200 (Commission Paritaire pour employés, la plus importante du secteur privé), l’indexation de janvier 2026 s’élève à environ 2,19%. Cela signifie que les salaires augmentent mécaniquement avec l’inflation, mais aucune marge supplémentaire n’est autorisée.

Leviers de rémunération alternative

Face à ce gel, les entreprises se tournent vers des solutions de rémunération alternative pour attirer et retenir les talents :

Réalité terrain : L’inflation des titres et la mobilité externe restent les seuls véritables leviers de progression salariale significative. Un « Senior Analyst » qui change d’employeur peut négocier 15-25% de plus que ce que la norme salariale permettrait en interne.

3. Économie de l’Immigration : Seuils Salariaux 2026

La Belgique applique des seuils salariaux différenciés par région pour les permis de travail des ressortissants de pays tiers. Ces seuils, actualisés annuellement, reflètent la fragmentation institutionnelle du pays et créent une complexité considérable pour les employeurs multi-régionaux.

Catégorie Bruxelles-Capitale Wallonie Flandre
Hautement qualifié €3.703,44/mois €53.220/an €48.912/an
Hautement qualifié (<30 ans) €42.576/an €39.129,60/an
Cadre dirigeant €6.647,20/mois €88.790/an €78.259/an
Carte bleue UE €4.748/mois €63.586/an

La disparité entre régions est frappante : un travailleur hautement qualifié en Flandre doit gagner €48.912/an, contre €53.220 en Wallonie — paradoxalement plus élevé dans la région au taux de chômage le plus fort. Pour les employeurs, cette fragmentation complique le recrutement international et favorise le « forum shopping » régional, certaines entreprises établissant des bureaux satellites dans la région au seuil le plus favorable.

La catégorie « moins de 30 ans » en Wallonie (€42.576) et en Flandre (€39.129,60) témoigne d’une volonté d’attirer les jeunes talents internationaux, mais les seuils restent élevés comparés aux salaires de début de carrière dans de nombreux secteurs, créant un filtre qui exclut de facto les profils techniques juniors non-UE.

4. Restructurations Sectorielles et Suppressions Massives

Usine automobile en restructuration
Industrie automobile / Unsplash

Février 2026 marque une période de restructurations particulièrement intenses, avec des suppressions massives d’emplois concentrées dans l’automobile, la distribution et les médias. L’ampleur et la simultanéité de ces restructurations créent une pression inédite sur le marché du travail belge.

Audi Bruxelles : le séisme automobile

La fermeture de l’usine Audi Brussels à Forest constitue le choc industriel le plus significatif : 2.580 emplois directs supprimés, auxquels s’ajoutent 834 emplois chez les fournisseurs. Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) a approuvé une enveloppe de €7,5 millions pour financer la reconversion et l’accompagnement des travailleurs licenciés. Ce dossier illustre la vulnérabilité de la Belgique à la transition vers le véhicule électrique, alors que les constructeurs européens consolident leur production dans un nombre réduit de sites.

Cummins Westerlo : l’échec de l’hydrogène

L’arrêt de la production de systèmes hydrogène chez Cummins à Westerlo, après environ 500 millions de dollars de pertes cumulées, entraîne la suppression d’une centaine d’emplois. Ce cas illustre les risques des paris technologiques prématurés : l’hydrogène vert n’a pas atteint le point de bascule économique escompté, et les investissements massifs se transforment en charges exceptionnelles.

Faillite Casa : le commerce de détail en crise

La faillite de l’enseigne de décoration Casa supprime 416 emplois, avec un programme de soutien de €2,3 millions. Ce dossier s’inscrit dans la crise structurelle du commerce de détail physique, compressé entre l’e-commerce, l’inflation des coûts d’exploitation et la prudence des consommateurs.

Retrait Colruyt de France

Le retrait de Colruyt du marché français menace 950 emplois et illustre les difficultés des distributeurs belges à s’exporter. Le recentrage sur le marché domestique pourrait toutefois générer des réallocations internes.

Crise des médias

Le secteur médiatique belge subit une vague de licenciements sans précédent : Le Soir réduit ses effectifs, Mediahuis annonce une réduction de 2,78%, tandis que BRUZZ, RTL, RTBF et DPG Media procèdent également à des restructurations. La transition numérique, la baisse des revenus publicitaires et la compétition des plateformes globales accélèrent la contraction d’un secteur déjà fragile.

Audi Bruxelles, Casa, Cummins, Colruyt, Le Soir — en un seul trimestre, la Belgique perd des milliers d’emplois dans des secteurs autrefois considérés comme des piliers de stabilité.

5. Déplacement par l’IA et Effondrement des Cols Blancs

Au-delà des restructurations industrielles visibles, une transformation plus silencieuse mais potentiellement plus profonde est en cours : l’intelligence artificielle érode systématiquement les postes de cols blancs juniors. Les fonctions d’entrée dans la comptabilité, le droit, le marketing et l’administration — historiquement le tremplin des jeunes diplômés — sont progressivement automatisées ou réduites en scope.

Ce phénomène se combine avec une tendance croissante au nearshoring : les entreprises belges externalisent vers la Tunisie, l’Inde et le Cameroun les tâches que l’IA ne peut pas encore entièrement automatiser mais qui ne justifient plus un salaire belge. Le résultat est un écrasement du marché pour les profils juniors, tandis que la demande pour les profils seniors — capables de superviser, corriger et orchestrer les systèmes IA — reste soutenue.

L’effet « annonces fantômes » : Une proportion significative du taux de vacance de 3,8% correspond à des offres d’emploi qui ne débouchent jamais sur un recrutement effectif. Ces « ghost jobs » servent à constituer des viviers de candidats, à tester le marché, ou sont maintenues par inertie après un gel interne. Pour les chercheurs d’emploi, cela signifie que le marché réel est encore plus étroit que ne le suggèrent les statistiques officielles.

La conséquence stratégique est claire : le modèle de carrière linéaire « diplôme → poste junior → progression interne » se fracture. Les jeunes diplômés doivent désormais démontrer une capacité à travailler avec l’IA, pas seulement des compétences métier. Ceux qui maîtrisent les outils génératifs comme co-pilotes professionnels se démarquent ; ceux qui les ignorent sont en concurrence directe avec des solutions automatisées à une fraction du coût.

6. Pénuries Structurelles et Demande Sectorielle

Taux de postes vacants par secteur :
Ingénierie : 28% · IT/Data Science : 27% · Logistique/Supply Chain : 22% · Ressources Humaines : 20%

Malgré les restructurations et le déplacement par l’IA, certains secteurs restent en pénurie structurelle de compétences. L’ingénierie (28% de postes vacants) et l’IT/Data Science (27%) dominent, suivis par la logistique (22%) et les ressources humaines (20%). Ces pénuries reflètent un décalage fondamental entre la production du système éducatif et les besoins du marché.

Matrice de demande sectorielle

Statut Secteurs
CHAUD Cybersécurité, IA/ML Engineering, Ingénierie énergétique (rénovation), Santé numérique, DevOps/Cloud, Maintenance industrielle
ÉMERGENT Transition énergétique, Économie circulaire, RegTech/FinTech, Data Governance, Soins à domicile connectés
STABLE Comptabilité senior, RH stratégique, Gestion de projet, Marketing digital analytique, Juridique spécialisé
FROID Administration générale, Comptabilité transactionnelle, Support client N1, Saisie de données, Journalisme généraliste

Multilinguisme : la barrière d’entrée invisible

Le multilinguisme reste la barrière d’entrée la plus sous-estimée du marché belge. À Bruxelles, la grande majorité des postes qualifiés exigent le français, le néerlandais et l’anglais. En Flandre, le néerlandais est non négociable pour les interactions clients, même dans les environnements techniques anglophones. Cette exigence trilingue élimine de facto un nombre considérable de candidats internationaux et domestiques, contribuant au paradoxe de postes vacants persistants dans un contexte de chômage.

Évolution des listes de pénurie régionales

Les listes de métiers en pénurie évoluent dans des directions opposées : la Wallonie passe de 73 à 56 métiers en pénurie, tandis que la Flandre réduit sa liste de 29 à 21 métiers. Cette contraction ne signifie pas une amélioration générale : elle reflète plutôt un resserrement des critères, certaines professions ayant été retirées non pas parce que la pénurie a disparu, mais parce que la demande globale dans ces secteurs a diminué.

7. Benchmarks de Rémunération : Comptabilité

Le tableau ci-dessous présente les fourchettes salariales brutes mensuelles pour les profils comptables en Belgique, reflet d’un secteur où l’expérience et la spécialisation créent des écarts significatifs :

Profil Expérience Salaire brut mensuel
Junior Comptable 0-3 ans €2.300 – €2.900
Comptable GL 3-6 ans €3.400 – €4.300
Senior GL 6+ ans €4.000 – €5.000
Senior / Chef comptable 8+ ans €4.300 – €5.800
Chef d’équipe GL 10+ ans €4.200 – €6.700

Ces fourchettes excluent les avantages extralégaux (voiture de société, chèques-repas, assurance groupe, bonus CCT 90) qui peuvent représenter 20 à 35% de la rémunération totale. La voiture de société, particularité belge, ajoute une valeur nette estimée entre €400 et €800/mois selon le modèle et l’usage.

Notons l’écart important entre le « Senior GL » (€4.000-5.000) et le « Chef d’équipe GL » (€4.200-6.700) : le passage à la gestion d’équipe offre un plafond significativement plus élevé, mais les premiers échelons se chevauchent avec les profils purement techniques, ce qui reflète la prime limitée accordée à la gestion de personnes dans un contexte de norme salariale à 0%.

8. Impératifs Stratégiques

Pour les employeurs

Pour les chercheurs d’emploi

Dans un marché où la norme salariale est à zéro, votre meilleure augmentation est votre prochain employeur. Votre meilleure assurance est votre capacité à travailler avec l’IA, pas contre elle.

Méthodologie : Cette analyse agrège des données Eurostat (taux d’emploi, taux de vacance), l’enquête ManpowerGroup T1 2026, les données du Conseil Central de l’Économie (norme salariale), les seuils d’immigration régionaux officiels 2026, les annonces de restructuration publiques, les rapports Robert Half et Hays Belgium (benchmarks salariaux), et une veille terrain des forums professionnels belges. Toutes les données sont publiquement disponibles et vérifiables. Les fourchettes salariales sont indicatives et varient selon le secteur, la taille de l’entreprise et la localisation.

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